Cuisiner

Suite à notre article précédent qui traitait du nouveau « prêt-à-manger » fait sur mesure pour ceux et celles qui ne savent pas, veulent pas et/ou ne prennent pas le temps de cuisiner, voici notre plaidoyer pour tenter de les faire changer d’idée.

Avez-vous déjà goûté à un repas qui vous ramenait instantanément à des souvenirs réconfortants de votre enfance? Avez-vous déjà ressenti de la gratitude pour un repas préparé par un être cher? Ressenti de la fierté après avoir transformé des aliments pour en faire un plat? Cuisiner est un acte d’amour pour soi ainsi que pour ceux et celles pour qui nous cuisinons.

Ce verbe qui signifie l’art d’apprêter les aliments et qui nous vient de la pièce où nous les transformons est une action à la base des cultures et des civilisations humaines. Certains anthropologues, dont Leslie Aiello de la fondation Wenner-Gren à New York, croient même que cuire les aliments a été la clé de notre évolution en tant qu’espèce. Pour comprendre à quel point cuisiner est important pour nous sapiens, il faut faire un bref retour en arrière…

Préalablement à ce moment historique, nous passions énormément de notre temps à mâcher et digérer la nourriture crue que nous trouvions sur notre chemin ce qui nous prenaient énormément d’énergie. On parle de six heures éveillées par jour consacrer seulement à absorber des calories!

Cuire les aliments a accéléré grandement le processus et a ouvert un trésor de nouvelles possibilités. Ceci nous aurait permis de réduire l’énergie allant au système digestif pour la consacrer à développer notre cerveau.(1) Dans la foulée de ces évènements, nous nous sommes assis alentour d’un feu pour manger ensemble et socialiser pendant que notre cerveau s’hypertrophiait et boum… nous voilà en 2019 où nous prenons des photos de nos repas au resto pour les mettre sur Instagram.

Comme la température, cuisiner est un sujet qui est au cœur de nos vies et anime bien des conversations :

« Aide-moi donc, j’ai zéro inspiration pour le souper. »

« J’ai fait une soupe Dahl vraiment bonne hier soir!»

 « Cuisiner, ça me fait pas. Si je pouvais remplacer la bouffe par des pilules, je le ferais! » 

Définitivement, les repas ont une place très importante dans nos vies. Tellement que, si vous aviez à nous poser la question : « quelle est la chose que je pourrais faire pour améliorer ma santé et celle de ma famille? »,  nous répondrions probablement: « cuisiner. » La valeur de préparer un bon repas maison et de le partager avec les gens qu’on aime est inestimable :

  • utilisation d’aliments non-raffinés
  • moins de sucre, moins de sel.
  • contrôle de la qualité et quantité du gras utilisé
  • moments de discussion
  • apprendre à partager
  • apprendre à faire preuve d’une certaine retenue
  • manger moins vite
  • souvenirs inoubliables
  • moins de déchets (démarche durable!)
  • plus économique

La liste de bienfaits est longue et elle pourrait l’être encore plus. Cuisiner, c’est de se mettre en mode d’avion et d’être inatteignable pendant une couple d’heures. Cuisiner, c’est ralentir. C’est prendre le contrôle sur sa santé et faire un pied de nez aux grosses corporations qui veulent faire des profits sur notre mode de vie effréné en nous proposant toutes sortes de solutions rapides, faciles et jetables. La fameuse pilule magique quoi!

En parlant de magie, en grec ancien le mot pour signifier « le cuisinier », « celui qui sacrifie l’animal » et « le prêtre » est le même : « mageiros ».  Certains pensent que ce mot partage un lien étymologique avec magie. (2) Peut-être est-ce pour cette raison que nous sommes tant hypnotisés devant les prouesses d’un chef et ce même à travers un écran!

Il est vrai que cuisiner, c’est un apprentissage. Ça demande de la pratique. Ce n’est pas tout le temps aussi beau que sur la photo du livre de recette.  Mais, ça vient avec un sentiment de satisfaction d’avoir transformé ce que la nature avait à nous offrir et une foule d’autres bénéfices.  Dans notre société de plus en plus individualiste avec un penchant pour la pilule magique, cuisiner pourrait s’avérer être l’antidote parfait.

Au plaisir de vous retrouver dans le prochain article qui visera à vous donner des outils contre les deux gros obstacles dans le chemin vers la cuisine : le temps et le savoir faire.

Qui s’aime nous suive !

(1) https://www.npr.org/2010/08/02/128849908/food-for-thought-meat-based-diet-made-us-smarter

(2) Cooked, a natural history of transformation.  Pollan, Michael, The Penguin Press.